L’art de l’acteur est un territoire vaste, parcouru d’innombrables chemins.
De l’Actor’s Studio de Lee Strasberg à l’enseignement de Stella Adler, de la précision sensorielle de Meisner à l’imaginaire expansif de Tchekhov, chaque méthode ouvre une porte vers la vérité du jeu. Chacune est précieuse, chacune offre des outils spécifiques et des voies d’accès singulières.
Réduire un acteur à une seule de ces approches, c’est l’enfermer dans un cadre trop étroit, au risque de figer sa liberté créative et d’appauvrir sa capacité d’exploration.
Je crois à l’éclectisme, à la circulation fluide entre les méthodes : emprunter à chacune ce qui résonne, ce qui déclenche un mouvement intérieur ou physique.
Car l’acteur ne travaille pas seulement avec des mots : il engage tout son être — voix, corps, respiration, images intérieures. Il dispose d’une palette infinie d’émotions : colère, joie, peur, tendresse, désir, abandon… qu’il doit apprendre à nuancer, mélanger, faire vibrer. Certains puisent dans leur vécu personnel ; d’autres s’appuient sur l’imagination, la mémoire sensorielle ou le travail physique pur. Il n’existe pas de voie unique : chacun a sa propre cuisine, ses recettes, ses secrets de fabrication.
La sincérité est le fil conducteur : elle naît de la disponibilité, de l’écoute et d’un ancrage corporel qui permet à l’émotion de circuler sans être forcée. Le corps est le premier instrument de l’acteur : il porte la respiration, les impulsions, les micro-tensions, et donne chair à l’émotion. Sans cette présence physique, la sincérité se dilue et le jeu devient mécanique.
La technique, pour moi, n’est pas une cage mais un tremplin : elle doit libérer l’élan, non le contraindre. Se limiter à une seule méthode, c’est peindre avec une seule couleur : on peut obtenir une nuance intéressante, mais on se prive des contrastes, des ombres et des éclats qu’offre l’art dramatique. Explorer, croiser, confronter les approches, c’est élargir le champ des possibles, affiner sa palette et offrir au spectateur une expérience pleinement vivante.
Et si je dois être tout à fait honnête, je n’aime pas « les méthodes » au sens rigide du terme.
Chaque acteur est un territoire unique, avec ses forces, ses fragilités, sa sensibilité propre. Chercher à le faire entrer dans un moule prédéfini, c’est risquer d’éteindre ce qui fait sa singularité. Mon travail — et ma conviction profonde — est de rencontrer l’acteur là où il est, de l’accompagner dans son propre chemin, et de l’aider à trouver les clés qui lui appartiennent.
C’est dans cette liberté que naît, selon moi, l’art vivant.
Juliette Moltes